Les problèmes d’argent sont un losange

Nous sommes la 5e ou 6e puissance économique du monde. Nous produisons chaque année 2 200 milliards d’€ et l’État en prélève la moitié pour garantir leur redistribution là où on en a besoin.

Pourtant, plus d’un français sur deux craint de basculer un jour dans la pauvreté. Ce sentiment d’insécurité financière est-il justifié ? Les chiffres pour le savoir se concentrent comme autour d’un losange.

LA FAMILLE ET L’EMPLOI NE SONT PLUS SOURCES DE STABILITÉ FINANCIÈRE

Prenons la pointe inférieure de notre losange, en bas. Elle représente ceci : chaque année, près d’un français sur trois déclare une baisse de ressources aux services des impôts. Perte d’emploi, réduction d’activité, séparation, divorce… les dénommés “accidents de la vie” sont légions. Cela fait mal de l’écrire, mais la famille et l’emploi ne sont plus sources de stabilité financière au XXIe siècle.

NOS BUDGETS SONT MOINS SOUPLES QU’AVANT

Prenons le côté droit de notre losange, et disons que sa pointe représente ceci que ces accidents de la vie surviennent dans des budgets deux fois moins souples – ou ajustables – qu’hier : crédits, assurances, abonnements, forfaits… les dénommées “charges fixes” occupent un tiers de notre budget en moyenne, prélevé de notre salaire entre le 5 et 10 du mois. Elles représentent jusqu’à la moitié du budget pour une famille monoparentale ou à faible revenus. En 1960, les charges fixes ne comptaient que pour 10% du budget. Or une baisse de ressources dans un budget peu ajustable signifie une faible marge de manœuvre pour pouvoir s’adapter.

LES VENDEURS SONT FORMÉS A LA VENTE, MAIS LES CONSOMMATEURS NE LE SONT PAS A L’ACHAT

Ajoutons maintenant à la pointe de gauche de notre losange que l’école de la République n’offre – consciemment – aucun court de droit de la consommation et de gestion budgétaire aux écoliers alors que nous vivons dans une société de consommation régie par un État de droit, où priment par dessus tout les questions économiques ! Un citoyen-ne français-e est un véritable agneau/agnelle à la merci de la première publicité trompeuse, du premier commercial habile. Le consommateur le sait, et il s’en ressent démuni, presque humilié.

LE POUVOIR D’ACHAT A PROGRESSÉ DE 0% EN 10 ANS

Enfin, au sommet du losange, la partie émergée de l’iceberg, celle que tout le monde connait, la conséquence : la réalité du pouvoir d’achat des ménages qui, après paiement des charges, n’a progressé que de 0,05 % par an depuis 2009, laissant un goût amer de stagnation dans une économie ou pourtant les liquidités coulent à flot et où la publicité nous intime chaque jour davantage à acheter

Au coeur du losange, la conclusion. Après avoir payé ses charges, un français sur quatre est pauvre : il lui reste moins de 60% du revenu médian pour vivre, soit moins de 1 080 €. 2 200 milliards d’euros, un français sur quatre. Le sentiment d’insécurité financière est-il justifié ?